J’aimerais vous raconter une histoire. Tout a commencé le matin du 1er avril. Je m’étais levée très tôt. J’étais assise dans ma pièce, à ma table de travail pour écrire un peu. J’avais vu le soleil se lever et répandre sa douce lumière matinale sur la rue encore endormie. Ça me faisait du bien de profiter de ce moment. La rue habituellement animée par la circulation, les gens pressés de partir au travail ou encore les enfants se dirigeant vers l’école de quartier, accompagnés de leurs parents, était plutôt silencieuse. À tous les jours cette scène se répétait depuis le début du confinement obligatoire décrété le treize mars, en raison de la pandémie.
Puis, je suis allée ramasser les journaux à la porte. et je me suis dirigée vers la cuisine comme à tous les matins pour déjeuner avec Jean-Pierre. C’était une belle journée de printemps. Nous regardions par la fenêtre, tout en jasant de ce qu’on aimerait faire durant la journée. Ça faisait déjà trois semaines que nous étions confinés à la maison et je sentais le besoin d’apporter un peu de changement dans notre quotidien. Ceci dit, des idées sont apparues pendant qu’on déjeunait.
La routine était rassurante, elle créait une sorte de rituel prévisible. Ce n’était pas de la monotonie mais ça manquait de fantaisie et de nouveauté. Au début de la période du rester chez soi, on continuait à faire ce qu’on faisait comme d’habitude, aux mêmes endroits dans la maison. Bien que nous aimons beaucoup y vivre et que nous utilisons toutes les pièces, après trois semaines, nous savions qu’il fallait rompre avec cette espèce de sentiment de déjà vu et de déjà fait.
Comme la situation allait se poursuivre, j’avais imaginé que ma pièce pouvait devenir un autre endroit pour y prendre nos repas. Cette idée est devenue réalité la journée même. Imaginer qu’en une heure, nous avions réaménagé la place. 
La table habituellement parallèle à la fenêtre a été tournée à quatre-vingt-dix degrés. Nous y avons déposé une belle nappe, un bouquet de poinsettias, des chandelles et installé une chaise confortable de chaque côté de celle-ci. Nous avions un peu l’impression d’être au restaurant. Nous avons mis de la musique d’ambiance, réglé les éclairages et apporté les journaux . Finalement, nous y avons pris notre deuxième café de la matinée.
Nous avions l’impression d’être dépaysés dans notre propre maison. Ça ressemblait à quelque chose comme un voyage, comme un ailleurs. L’ambiance décontractée créée par les meubles et les objets a fait en sorte que nous avons tout de suite aimé et adopté ce nouveau coin-repas.

Ces changements nos ont permis de profiter de trois points de vue différents sur la rue. Comme nous sommes plus présents dans la pièce maintenant, nous avons davantage l’occasion de voir le lilas dont les bourgeons grossissent à chaque jour. Notre chatte adore s’installer devant la fenêtre pour épier les oiseaux. Il a fallu de bien peu de choses pour transformer cet espace. Nous nous y retrouvons tous les jours depuis le 1er avril. Nous avons transformé la situation un peu monotone en un petit plaisir. Nous avons un peu redécouvert notre maison et de nouvelles possibilités de réaménagement. Ces petits riens qui nous ont remonté le moral, n’ont rien coûté et nous aident à nous sentir mieux.


Mon frère s’est alors allongé sur le canapé pendant que je m’installais à la table devant la fenêtre. Le calorifère qu’il avait allumé à notre arrivée, répandait une douce chaleur qui avait chassé le cru de la place. Pierre savourait ces premiers moments



Lorsqu’on quittait la véranda pour pénétrer dans le salon, une autre ambiance nous entourait. C’était une grande pièce dont les murs sombres étaient lambrissés de planches de pin de Colombie-Britannique teintes de couleur acajou. Elles étaient étroites et bouvetées verticalement. La pièce était plus sombre que la véranda mais j’aimais cette atmosphère confortable. Il y avait une chaise berçante, des fauteuils, des canapés, des lampes, des étagères. Un tapis venait ajouter une ambiance plus feutrée à l’ensemble.